Lennen Bilingual School

Ce qui se construit entre parents et enseignants quand la confiance est là

Il y a ce que l’on dit à la sortie de l’école, les mots échangés devant le portemanteau, les regards complices quand un enfant franchit une étape. Entre parents et enseignants, la relation ne se décrète pas. Elle se tisse, jour après jour, dans l’attention portée à chaque enfant. Quand cette confiance s’installe, c’est toute l’expérience scolaire qui change de nature — pour l’enfant d’abord, mais aussi pour ceux qui l’accompagnent.

Deux regards sur un même enfant

Un enseignant voit un enfant dans le groupe, au milieu de ses pairs, face à des consignes, des apprentissages, des moments de frustration et de réussite. Un parent voit ce même enfant à la maison, au réveil, le soir quand la fatigue brouille tout, le dimanche quand il raconte sa semaine ou qu’il n’en dit rien. Ces deux regards ne sont pas concurrents. Ils sont complémentaires. Ce qu’une enseignante perçoit en classe — une difficulté de concentration, un élan de générosité, une hésitation récurrente — prend un autre relief quand un parent éclaire le contexte. Et ce que le parent observe le soir, la tension, l’excitation, le mutisme, s’éclaire souvent quand l’enseignant partage ce qui s’est passé dans la journée. La recherche en éducation le confirme : selon Adams et Christenson (Journal of School Psychology, 2000), la qualité de l’interaction entre parents et enseignants est un meilleur prédicteur de confiance que la fréquence des contacts. Ce n’est pas le nombre de rendez-vous qui compte, c’est la nature de ce qui s’y dit. Quand chacun accepte que l’autre détient une part de compréhension de l’enfant, le dialogue devient fécond. L’enfant, lui, perçoit cette cohérence. Il sent que les adultes qui l’entourent se parlent, se respectent, tirent dans la même direction. Et cette perception-là, aucun programme scolaire ne peut la remplacer.

Quand la parole circule librement

Dans les écoles où la confiance existe, on le sent dès le seuil. Les parents n’hésitent pas à s’approcher, à poser une question, à partager une observation. Les enseignants, de leur côté, n’attendent pas la réunion formelle pour dire ce qu’ils observent. Catherine Hurtig-Delattre, spécialiste de la coéducation et ancienne chargée d’études à l’Institut français de l’Éducation, parle de « parité d’estime » : une estime mutuelle qui dépasse la disparité des statuts. Ni l’enseignant ne donne de leçons sur l’éducation familiale, ni le parent ne dicte la pédagogie. Mais les deux cherchent à se connaître, à se comprendre, pour mieux accompagner celui qui est au centre : l’enfant.

Le premier échange donne le ton

Tout commence souvent avant même la rentrée. Un appel, un mot, une première rencontre qui ne tourne pas autour des résultats mais autour de l’enfant : ce qu’il aime, ce qui l’inquiète, comment il se réveille le matin. Ce premier contact, quand il est humain et dépourvu de formalisme, pose les bases de tout ce qui suivra. L’étude suédoise de ScienceDirect (2025) montre qu’un niveau élevé d’interaction directe entre enseignant et parent dès l’introduction est bénéfique pour la construction du lien avec l’enfant.

Dire ce qui va bien avant ce qui inquiète

Quand un enseignant commence par ce qui fonctionne, quand il nomme une réussite avant d’aborder une difficulté, la conversation change de registre. Le parent se sent allié, pas convoqué. L’American Federation of Teachers (2007) le formule ainsi : les écoles qui communiquent les mauvaises nouvelles plus souvent que les réussites découragent l’implication parentale. À l’inverse, la valorisation régulière ouvre l’espace du dialogue.

Accepter de ne pas tout savoir

Un enseignant qui dit « je ne sais pas encore, mais je vais observer » inspire davantage confiance qu’un diagnostic immédiat. Un parent qui dit « à la maison, c’est différent » n’exprime pas un désaccord mais enrichit la compréhension. La confiance ne naît pas de la certitude. Elle naît de la volonté partagée de chercher ensemble, d’ajuster, de rester attentif à ce que l’enfant exprime entre les lignes.

Construire ensemble, pas l’un contre l’autre

L’Early Learning Network (université du Nebraska-Lincoln) a montré que lorsqu’un véritable partenariat s’installe entre parents et enseignants, les enfants développent de meilleures compétences sociales, moins de problèmes comportementaux et une plus grande capacité d’adaptation. L’enjeu n’est pas de s’accorder sur tout, mais de partager un même horizon : que chaque enfant se sente accompagné, compris, porté.

A teacher engaging with a young student during a classroom activity.
First day at school or kindergarten. Mother with her daughter elementary student standing near the wardrobe at school. Back to school concept.